« Dessine-moi un reporter de guerre »

BILLET. Parmi les animations prévues lors de cette 15ème édition du Prix Bayeux, une table ronde est organisée vendredi 10 octobre autour de la « BD reportage ». Un néologisme ? Pas tant que ça. Le dessin est depuis longtemps un allié du reporter, une autre façon de raconter.

« Votre passion du journalisme, elle vous vient de Tintin ? ». La question revient souvent. Car presque tous les enfants de France ont rêvé de réaliser un reportage en Bordurie ou au Congo (belge, bien sûr). De partir à la recherche des Sept boules de cristal, du Lotus Bleu, du trésor de Rackham le Rouge ?! De vivre les mêmes aventures que le gentil reporter à houpette et à chien blanc.

Demander à un reporter de guerre aguerri si Tintin fait partie de ses références, c’est pourtant un peu idiot. Car Tintin n’est une icône que pour les ignorants (comprenez, ceux qui ne sont pas du métier). A côté des Talibans, des sunnites et des chiites, de Bachar al-Assad, les scénarios de Hergé sont un peu légers.

La BD-reportage partait donc avec un handicap : le manque de crédibilité. Rien ne vaut une bonne vieille photo bien forte pour accréditer le propos. Mais elle est devenue, avec le temps, cet autre moyen de raconter, et de montrer, les conflits. Avec le plus grand réalisme.

Son histoire suit celle du dessin. Sans remonter jusqu’aux peintures rupestres des hommes de Lascaux et de leurs congénères, ou aux hiéroglyphes des pyramides égyptiennes , la BD-reportage a un passé.

Le dessin a longtemps été le meilleur moyen de connaissance du monde. Et de ses conflits ancestraux. Au Moyen-Age, les vitraux ont permis de raconter à ceux qui ne savaient pas lire – et ils étaient nombreux – ce qui se tramait sur cette bonne vieille terre, plate à l’époque. Les images qui restent des Croisades sont des dessins.

Ces vitraux sont-ils si éloignés des photos de guerre qui marquent nos existences ? Ils permettent de figer un instant. Un croisé qui frappe un guerrier perse avec son épée n’est guère différent d’un militaire américain qui pointe son arme sur un civil irakien.

La grande tapisserie de Bayeux n’est-elle pas, comme le souligne Claude Moisy, dans Médias, « l’un des plus magnifiques reportages de guerre de tous les temps » ?

Xavier Monferran

Tags: