Les confidences de Monsieur l’ambassadeur

Olivier Weber

Olivier Weber

VERBATIM. Le 17 septembre, en Conseil des ministres, Olivier Weber était nommé ambassadeur « itinérant », chargé de la lutte contre la criminalité. Cet ancien lauréat du prix Bayeux (prix Ouest-France Jean Marin), jusque-là grand reporter au Point, n’est pas un novice. De la Tchétchénie au Cambodge, en passant par l’Irak et l’Afghanistan, il a couvert presque tous les conflits majeurs de ces dernières années. Il exprime ses convictions profondes.

Le festival

Le festival de Bayeux est mythique, très important. Une sorte de confrérie, souvent chaleureuse, s’y retrouve, pour porter sur le monde un regard attachant et détaché.

La morale

Il y a dans le reportage de guerre une alchimie entre cynisme et candeur. Il faut du cynisme pour aller voir des bourreaux, des massacres. Parfois, on se rend sur les lieux d’un massacre, on voit des cadavres, sans être bouleversé en apparence. Et ce n’est qu’ensuite, quand on voit une mère pleurer, qu’on s’effondre.

La fascination

La fascination pour la guerre existe chez certains, mais réduit l’espérance de vie… Il serait malsain qu’elle soit une fin en soi. C’est bien d’avoir conscience qu’on l’éprouve afin de s’en dégager.

Les frontières

Le grand reportage commence à Paris, quand on va par exemple interroger des employés clandestins. Il n’y a pas de césure entre le reportage de proximité et le grand reportage. Ce sont les mêmes hommes, les mêmes histoires. Ce n’est pas le critère géographique de l’éloignement qui compte, c’est l’histoire des hommes. Il s’agit dans tous les cas de « donner de l’humain ».

Le danger

Le postulat du reportage de guerre n’est pas le danger. Le danger est une conséquence. Le premier critère, c’est la situation de conflit. Les conflits peuvent être externes ou internes. Une guerre contre la drogue, comme au Mexique, est une guerre.

La fiction

Entre reportage et fiction, les frontières sont floues. Car les deux consistent à décrire une réalité. Parfois la matière romanesque permet de mieux décrire la réalité en la sublimant. Elle rend possible la restitution d’un vécu émotionnel que le simple rapport des faits ne permet pas. Un des plus beaux romans que j’ai lus, Un dimanche à la piscine de Kigali, a pour auteur un grand reporter québécois, Gil Courtemanche. Il raconte l’histoire d’amour entre un grand reporter et une Rwandaise juste avant le déclenchement du génocide. J’ai lu beaucoup d’essais, de documents sur le génocide rwandais, mais c’est ce roman que j’ai préféré. Par l’aspect subjectif, on dit des choses qu’on n’aurait pas pu dire autrement.

Baptiste Touverey

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