“Devant un blessé, je prendrais la photo”

INTERVIEW. Grand reporter à France Info, Sébastien Paour est allé à la rencontre des lycéens de Bayeux lundi après-midi. Après avoir visionné les reportages télé en compétition pour le prix, il leur a parlé de son métier, qu’il exerce depuis dix ans. A 35 ans, il a déjà couvert une grande partie du monde.

D’abord présentateur radio, vous êtes devenu grand reporter ; qu’est-ce qui a motivé votre choix?

J’adore partir. Quand je suis sur place, je me coupe complètement du reste. Je ne choisis pas mes reportages ; ce qui me plaît précisément, c’est être porté par ce qui se passe et raconter. L’avantage de la radio, c’est que c’est immédiat. On part tous ensemble, avec les journalistes télé et presse écrite. Mais le premier qui raconte, c’est moi. En général, la Maison de la radio me prévient le jour même ou la veille du départ. Je dois donner une réponse en dix minutes, puis on doit s’organiser très vite, pour trouver des contacts sur place, “les fixeurs” qui me servent de traducteurs et de guide. En Irak, ils sont rares, très chers et ne doivent pas être aperçus avec des journalistes occidentaux.

Quel reportage vous a particulièrement marqué?J’ai beaucoup aimé la Birmanie. Un confrère et mois avons dû prendre un visa touristique pour entrer dans le pays et nous rendre dans la zone dévastée après le passage du cyclone Nargis. Nous avons eu beaucoup de mal à y accéder. Les villages étaient ravagés et il nous a souvent fallu nous cacher des autorités. J’avais mon petit magnéto caché dans la poche, c’était comme dans Tintin. Le reportage a été vraiment difficile. Nous avons dû nous rapprocher des gens qui parlent anglais, comme cet enseignant qui nous a servi de traducteur. C’était vraiment de l’improvisation, un peu casse-gueule. J’avais d’ailleurs proposé mon reportage pour le prix Bayeux, mais il n’a pas été retenu…

Comment un grand reporter arrive-t-il à prendre de la distance avec les horreurs auxquelles il peut être confronté sur le terrain?

Je cherche à montrer ce que je vois, c’est tout. La question revient souvent au journaliste de savoir s’il lui faut secourir une personne blessée ou prendre la photo. Je n’ai jamais eu de grands blessés devant moi, mais si c’était le cas, je prendrais d’abord une photo car mon travail n’est pas de porter secours.

Propos recueillis par Emmanuelle Msika

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