Les metteurs en scène de l’info

Une équipe de journalistes japonais dans les ruines d'un hôtel de Bagdad en 2004 (AFP).

Une équipe de journalistes japonais dans les ruines d'un hôtel de Bagdad en 2004 (AFP).

ANALYSE. De plus en plus de médias français demandent à leurs journalistes de se mettre en scène dans leurs reportages. Dans les pays anglo-saxons, cela fait partie des bases du journalisme. Quitte, parfois, à frôler le ridicule.

Les balles sifflent. La caméra tombe à terre. Allongé, la tête dans l’herbe, le journaliste continue de commenter la situation. “Houla! Celle-là n’est pas passée loin“, lance-t-il au caméraman. Quelques secondes plus tard, et malgré les tirs incessants, il se relève et, tout en courant, ne cesse de raconter tout ce qu’il fait. “Nous allons rejoindre les véhicules sous les mortiers“. La caméra bouge dans tous les sens, seuls les pieds du journaliste sont dans le champ. Peu importe, l’effet est là. Le téléspectateur est au cœur de l’action. Sans surprise, il s’agit d’un reportage américain.

Dans les pays anglo-saxons, la mise en scène est omniprésente. Et cette culture s’exporte doucement mais sûrement vers la France. Dans les médias hexagonaux, on demande de plus en plus aux journalistes de se mettre en scène dans leurs sujets. Objectif, mettre en avant l’aspect humain de la profession, faire en sorte que le téléspectateur s’identifie au reporter. Le tout, en montrant que la chaîne a mis les moyens en se rendant sur le terrain.

Dérivée des fameux “j’ai testé pour vous”, la formule a autant de partisans que de détracteurs. Pour les premiers, il s’agit de transformer le journaliste en signature, en marque, pour fidéliser. Les seconds, quant à eux, critiquent une information devenue sensationaliste, misant plus sur la forme que sur le fond. Comme dans l’un des reportages télé présenté au festival de Bayeux. La scène se déroule dans les ruelles de Sadr City, en Irak. Micro au poing, un journaliste court au milieu d’une fusillade. Beaucoup de sensationnel mais peu d’informations. Si le sujet fait la part-belle aux images et aux faits, la méthode est discutable. Le journaliste semble découvrir le terrain en même temps que le téléspectateur. Et parle pendant plusieurs minutes, face caméra. Les Irakiens, eux, sont presque absents du reportage.

Un type qui se balade sous les tirs sans gilet pare-balles, en chemise blanche immaculée… Cela n’a pas de sens, c’est de l’inconscience, mais c’est tellement chouette de montrer aux collègues qu’on a été en Irak“, ironise Sébastien Paour, l’un des deux grands reporters de France Info. “Soyons modestes. Ce n’est pas parce qu’on jette sa caméra par terre que c’est du reportage de guerre.

Alexis Jacquet et Emmanuelle Msika

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