HISTOIRE. En 1994 était créé le Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre. En quinze ans, ce rendez-vous des grands reporters a évolué jusqu’à devenir un événement de renommée internationale attirant un public de plus en plus large.
Depuis 1944, chaque 6 juin est l’occasion de célébrer le débarquement allié et la libération de la Normandie. Les vétérans se réunissent et partagent leurs souvenirs de guerre, sur les lieux de leurs combats ou près des stèles de leurs camarades tombés. Cinquante ans plus tard, en 1994, les élus de Bayeux observent que les vétérans se font de plus en plus rares.”Nous nous sommes alors demandé ce que la ville deviendrait quand les vétérans ne viendraient plus voir les plages normandes,” explique Jean-Léonce Dupont, à l’époque premier adjoint au maire de la commune et co-fondateur du prix.
La génèse
“Il y avait un projet de prix du reportage de guerre qui trainait dans les cartons d’une agence d’événementiel depuis plusieurs années. Proposé à plusieurs villes, personne n’en a voulu“, précise Magali Bignon, organisatrice du festival. La légitimité de Bayeux pour accueillir ce genre d’événement ? “Evidente“, rétorque Jean-Léonce Dupont. “D’abord, Bayeux a été la première ville libérée. Ensuite, il y a le discours de De Gaulle, en 1946 qui est quand même un grand symbole de démocratie. Et puis, c’est le lieu de la tapisserie, considérée comme le premier reportage de guerre de l’histoire.” L’idée, ajoute le co-fondateur du prix, c’était de rendre hommage aux professionnels de la presse, et militer pour la liberté des journalistes.
Dès la première année, la ville a eu l’idée de créer le mémorial des reporters morts dans l’exercice de leur métier. Un projet concrétisé en 2006, faisant de la petite ville normande, le lieu de mémoire du grand reportage.
Une évolution vers le grand public
Durant les dix premières éditions, le festival ressemblait à une réunion annuelle de journalistes, par des journalistes, pour des journalistes. Un public d’initiés. Un travers que Jean-Léonce Dupont présente comme un choix : “Nous avions besoin d’abord de consolider le prix auprès des professionnels, lui donner une légitimité dans le monde de la presse lui-même.” D’ailleurs, sollicitées, les écoles de la région avaient toutes refusé de participer au festival.
Depuis, les organisateurs ont tenté d’ouvrir au maximum l’événement au grand public à travers projections de films, participation de collèges et lycées de la région, expositions de photos disséminées dans la ville. C’est peut-être là le plus grand mérite du festival : avoir tenté de sortir le reportage de guerre d’une logique corporatiste pour intéresser le grand public. Même si la majorité du public demeure encore aujourd’hui constituée de journalistes et d’étudiants en journalisme.
Une reconnaissance internationale modeste
L’autre lacune du festival est son caractère encore très franco-français. “C’est la chose sur laquelle nous devons le plus progresser“, note le co-fondateur du prix. “Nous avions lancé le prix à l’occasion du cinquantième anniversaire du débarquement afin d’attirer le plus d’Anglo-saxons possible. D’emblée, en raison de la proximité géographique et historique, nous recevons chaque année une grande délégation de journalistes britanniques. En plus, la BBC a reçu beaucoup de récompenses. Mais nous avons encore du mal à intéresser dans les autres pays.“
Une “ambiance simple“
Néanmoins, pour Jean-Léonce Dupont, le prix est une réussite. “Personne n’y croyait au départ. Il a fallu beaucoup de persévérance“, se souvient-il. “Nous avons réussi à créer une véritable ambiance prix-bayeux, simple et conviviale. Je pense que les journalistes sont très attachés à cette simplicité, même si, je l’ai toujours dit, nous n’avons pas les moyens d’être prétentieux“.
Yasmina Guerda
Tags: débarquement, histoire, mémorial des reporters, prix bayeux


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