Bagdad, entre les murs

DEBAT. L’insurrection contre l’occupation en Irak, la guerre religieuse entre sunnites et chiites, les attentats suicides perpétrés par Al-Qaida, l’Irak vit une “longue descente aux enfers”. Jeudi soir, une soirée-débat a permis de revenir sur ces cinq années de guerre et de voir, grâce aux reportages et aux photos de grands reporters, comment les Bagdadis vivent aujourd’hui.

Où étaient-ils le jour où la statue de Saddam Hussein est tombée, square Firdos, au centre de Bagdad ? Les grands reporters Patrick Baz (AFP), Lucas Menget (France 24), Patrice Claude (Le Monde) et Adrien Jaulmes (Le Figaro) n’étaient pas loin. Dans l’hôtel qui donne sur la place, pour la plupart. La photo de Reuters, montrant la chute de la statue, a fait le tour de la planète. Jeudi soir, le public a pu l’admirer à nouveau lors de la soirée-débat consacrée aux cinq ans de la guerre en Irak, présentée par Thierry Thuillier. Vue de loin, cette scène semblait signifier la fin de la guerre, ce n’était pourtant que le début. “J’étais au balcon quand elle est tombée, raconte Patrick Baz, cloîtré dans cet hôtel. Les environs de la place étaient vides.” “Les habitants de Bagdad ne sont pas venus se réjouir, ajoute Patrice Claude. Certains pleuraient. Il y avait une dimension d’humiliation et de peur.”

Alexis Jacquet)

Thierry Thuillier, animateur de la soirée, devant la photo de la chute de la statue de Saddam Hussein. (Photo : Alexis Jacquet)

Témoignages rares à l’appui, la soirée sur l’Irak a permis de comprendre le quotidien des Bagdadis. L’une des photos de Patrick Baz montre une enseignante voilée de la tête aux pieds dans une classe de filles. “Ce cliché illustre la montée de l’islamisme, commente Patrick Baz. Le voile était complètement interdit dans les salles de cours sous Saddam Hussein.” Une autre photo montre de riches Bagdadis se prélassant autour d’une piscine. Comme s’ils échappaient à la guerre. “Quelques restos commencent à rouvrir le soir. Il y a une très forte amélioration de la sécurité“, raconte Patrice Claude.

A quel prix? Depuis un an et demi des murs de béton de quatre mètres de haut pullulent dans la ville. “Tout le monde a son mur de béton”, explique Adrien Jaulmes. Les commerçants, les habitants des quartiers… Des enceintes, souvent peintes, qui font désormais partie du quotidien des Bagdadis. Dans ce contexte emmuré, où les attentats perdurent, les Irakiens sont les premiers à ne rien comprendre de la guerre.

Emmanuelle Msika

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