Anthony Lappé, des balles aux bulles

Anthony Lappé, en pleine séance de dédicace après la table-ronde (XM)

RENCONTRE. Vendredi, lors de la table-ronde sur la BD-reportage, le public du Prix Bayeux a pu découvrir un personnage singulier. Un journaliste américain qui a choisi la bande-dessinée pour rendre compte de ce qu’il a vu et entendu en Irak.

Pour lui, tout commence dans un rade de New York. Un soir où il a trop bu, avec un pote. Anthony Lappé est alors journaliste au New York Times, il revient d’Irak et raconte ses aventures à cet ami, qui lui rétorque illico qu’il devrait en faire une bande-dessinée. Shooting War est né. Un bd-reportage - le premier sur l’Irak-qui raconte les tribulations d’un jeune photographe de presse, fougueux “pris au piège du journalisme grand public”. “Un jeune journaliste que moi-même j’ai été”, confesse Anthony Lappé, qui signe le scénario de ce “comic book” satirique qui situe le conflit dans un futur proche, en 2011.

L’Irak, c’est une révélation pour Lappé. L’élément déclencheur. Explosions meutrières, cadavres dans les rues, têtes tranchées, il est sans concession : “La guerre est violente, et je voulais la montrer de façon crue”. Quitte à susciter la polémique. “On m’a critiqué à cause d’une scène de sexe. Mais bien qu’ils couvrent une guerre, les journalistes, comme tout le monde, continuent de faire l’amour”. C’est dit.

Comme dans tout “récit graphique”, il y a une part de fiction. Une part de réel aussi. Comme le dialogue entre un lieutenant-colonel et son interprète irakien : “Tout le monde a dit qu’un militaire de ce rang ne pouvait pas s’exprimer ainsi. Que ça sonnait faux. Pourtant, c’est peut-être l’élément le plus réaliste de la bande-dessinée”, explique-t-il.

L’auteur a du recul sur tout ça. Ce qu’il retient, au final, c’est qu’avec Shooting War il a enfin réussi à se “libérer” de ce qu’il avait vu là-bas. Et réussi à “parler aux jeunes qui de prime abord ne sont pas intéressés par le sujet”.

Xavier Monferran

Shooting War, d’Anthony Lappé et Dan Golman, Les Arènes, 22,80 euros.