TEMOIGNAGE. Ces journalistes reviennent de Kaboul et sont déjà prêts à repartir pour Bagdad. A Bayeux entre deux reportages, ils narrent leur quotidien en Irak.
L’arrivée à l’aéroport de Bagdad est déjà une mission à part entière pour un reporter de guerre. “Il faut avoir de l’expérience“, confirme Lucas Menget, de France 24, qui va régulièrement en Irak depuis cinq ans. Il est essentiel avoir des contacts sur place qui puissent venir jusqu’à l’aéroport, par l’une des routes les plus dangereuses du pays. Le plus souvent, ces contacts préfèrent envoyer un chauffeur sans lien avec le journaliste. Un code discret doit avoir été prévu pour que les deux hommes puissent se reconnaître à l’aéroport.
Dans les rues de Bagdad, le quotidien n’est pas plus simple. Pour la plupart des correspondants, il est impossible de sortir sans escorte. Le grand reporter au Monde Patrice Claude raconte : “Pour mes trajets, je suis accompagné par une voiture suiveuse. A l’intérieur, des gardes du corps, un pistolet sous la chemise, une Kalachnikov aux pieds. Il est très difficile de prendre plus de deux rendez-vous par jour. Les déplacements prennent toujours des heures.”
Difficile en effet de passer inaperçu avec un air d’occidental. Pour se fondre dans la masse, les journalistes enlèvent tout artifice de modes et lunettes de soleil. Certains se laissent même pousser la barbe. Patrice Claude reconnaît porter parfois un keffieh et un bonnet pour dissimuler ses cheveux. Les femmes, elles, se cachent souvent sous un voile et évitent ainsi de se faire fouiller. Mais cette prudence n’a pas empêché les prises d’otages de journalistes occidentaux. Malgré les pressions que le Quai d’Orsay a exercées sur les journalistes pour les inciter à quitter l’Irak, certains y sont restés. Et ils ont vu la situation s’enliser. Les attentats se sont multipliés et les rues se sont vidées. “Dans certains quartiers, on voyait des têtes décapitées laissées dans les rues de Bagdad“, se souvient Lucas Menget.
Dans ce climat, fabriquer un reportage met beaucoup plus de temps. Parfois, il faut ruser. Pour passer les check points gardés par les sunnites ou par les chiites, des reporters choisissent la ruse. “Pour passer plus vite les check points (gardés soit par des sunnites, soit par des chiites), certains journalistes prennent dans leur voiture des cassettes de prières chiites et sunnites pour s’adapter à chaque check point“, raconte Patrick Baz. Etre comme un caméléon, porter l’habit de l’autre pour ne pas se faire remarquer fait partie du quotidien des reporters en Irak pour diminuer les risques. Mais ceux qui subissent le plus les horreurs de la guerre sont les journalistes irakiens. Depuis le début du conflit, entre 200 et 300 d’entre eux ont disparu.
Emmanuelle Msika
Tags: afp, agence, bagdad, patrick baz, photographe, proche-orient


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