DÉBAT. La guerre n’oppose pas toujours deux pays, deux ethnies… Au Mexique, l’État a décidé d’éliminer les cartels de la drogue.
Cette guerre méconnue était au centre de la soirée projection-débat, vendredi soir, place Gauquelin- Despallières. Etaient présents les journalistes Gwen Le Gouil, Arnaud Aubron, Anne Vigna, ainsi que Michel Koutouzis, consultant pour la Commission européenne sur les trafics, et Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques.
« Depuis janvier 2007, le Mexique, c’est 6000 morts liés au narcotrafic, 600 enlèvements et une trentaine de journalistes tués ou disparus », annonce en début de soirée Marco Nassivera d’Arte, animateur du débat. Le ton est donné. La guerre au Mexique a été déclarée par le président Felipe Calderon en décembre 2006 aux cartels de la drogue. Depuis, la population en paie le tribut.
Pour commencer la soirée, un documentaire de Gwen Le Gouil « Le Mexique en guerre contre les cartels », tourné en juin-juillet, a été diffusé au public bayeusain. Le reportage débute sur des images de cercueils et de femmes en pleurs. Résultat d’une fusillade sanglante. Six policiers mexicains ont été abattus par les cartels de la drogue dans le Sinaloa, dans l’ouest du Mexique. Le pays, gangréné par le commerce de la drogue, est engagé dans une guerre sans ligne de front. Une guerre où l’armée mène le combat.
Le nerf de cette guerre, c’est la frontière américaine. Les cartels déploient des trésors d’imagination pour passer leurs cargaisons. A l’exemple de ces tunnels construits dix mètres sous terre et dotés d’air conditionné et de vidéosurveillance.
La guerre influe sur le quotidien des Mexicains. Par peur, ils préfèrent souvent se taire plutôt que de dénoncer des caïds. Aujourd’hui, au Mexique, les villages fantômes se multiplient, les croquemorts sont aux aguets après chaque fusillade, les journalistes sont menacés de mort…
« De fait, les journalistes mexicains sont devenus correspondants de guerre du jour au lendemain », analyse Gwen Le Gouil. « Il y a une réelle campagne de terreur lancée contre les médias », ajoute Anne Vigna, « des rédactions ont même reçu des têtes dans des boîtes. »
Mais d’autres journalistes sont aux ordres des « narcos ». « Car personne n’est incorruptible quand on met le prix. Il y a suffisamment d’argent pour corrompre jusqu’aux plus hautes autorités de l’État », explique Michel Koutouzis, consultant pour la Commission européenne sur les trafics.
La culture du « narco » fait rêver, dans une société pauvre. « Il n’y a pas vraiment d’autres moyens de devenir riches dans ces États-là », explique Anne Vigna. Et puis, parfois, les narcotrafiquants parent aux défaillances de l’État pour les routes, l’électricité… « Sans compter que l’argent de la drogue pénètre la vie politique », ajoute Jean Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques.
Au final, cette guerre est-elle vaine ? Pour Michel Koutouzis, malheureusement, « rien ne peut arrêter le trafic de drogue. Il y aura toujours des routes alternatives. Il y aura toujours des pays faibles ».
Mélinda Trochu
Le documentaire ” Le Mexique en guerre contre les cartels ” sera diffusé le 25 octobre sur la chaîne Arte.



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