“Le moindre localier est correspondant de guerre”

INTERVIEW. Le journaliste Gwen Le Gouil a présenté en avant-première à Bayeux un reportage sur la guerre contre les narcotrafiquants au Mexique. Pour le blog CFJ-Prix Bayeux, il explique les enjeux de ce conflit.
  • Peut-on vraiment parler de guerre au Mexique, au même titre qu’au Moyen-Orient ou en Afrique?
Le président Felipe Calderon lui-même a déclaré la “guerre” aux cartels. Ce n’est pas un conflit institutionnel, avec une ligne de front. Pourtant l’armée mène une guerre qui a provoqué la mort de 6000 personnes en deux ans. La police est tellement corrompue - et Calderon le reconnaît lui-même - que le président a décidé d’envoyer l’armée. La police a été démise de ses fonctions, en quelque sorte.

Les Etats-Unis ont-ils un rôle bien défini dans ce conflit?

Leur influence est directe. Elle nourrit le narco-trafic. 90% de la cocaïne qui se trouve aux Etats-Unis transite par le Mexique. C’est à cause d’eux que le Mexique s’est mis au narco-trafic. Et les américains soutiennent cette guerre, ce qui constitue une vive incitation à la lutte armée.

Comment jugez-vous la couverture médiatique de cette guerre contre les cartels ?

Elle est inexistante. On en parle depuis six mois seulement. Mais il est très difficile de couvrir ce conflit depuis la France. Aux Etats-Unis, c’est beaucoup plus étonnant : on en parle pas du tout. Le sujet est tout simplement absent des médias américains.

A quoi s’exposent les journalistes mexicains qui s’intéressent à ce sujet ?

Ils risquent leur vie. Au quotidien, beaucoup se contentent de rédiger des compte-rendus factuels. Mais ceux qui enquêtent en profondeur ont une espérance de vie très courte. Ceux qui s’intéressent notamment aux liens entre les cartels et les politiques sont régulièrement enlevés, disparaissent ou se font tuer. Au Mexique, le moindre localier est de fait correspondant de guerre.

Dans quelles conditions avez-vous réalisé ce reportage ?

Au départ, nous devions être “embedded” avec l’armée mexicaine. Mais le gouvernement a changé d’avis, et ne voulait plus communiquer. Nous, on voulait suivre le quotidien des soldats. Mais c’était très compliqué. Nous avons donc suivi le quotidien des mexicains dans cette guerre.

Vous avez été été retenu huit jours durant par des miliciens somaliens en décembre 2007. Depuis cette prise d’otage, prenez-vous plus des précautions sur le terrain aujourd’hui?

En Somalie, c’était un accident. La faute à pas de chance. Mais il est vrai que je fais plus attention. Au Mexique, à chaque fois qu’il y avait une tuerie, chaque jour, on se rendait sur place le plus vite possible. Puis on retournait sur les lieux plus tard pour interroger les témoins, les proches des victimes. Le risque, c’était de prendre une balle perdue et de mettre le nez là où il ne fallait pas. Dans un village où il y a eu des tueries, par exemple, nous sommes restés seulement deux petites minutes parce qu’on sentait qu’il y avait un réel danger.

Ce reportage, c’est votre troisième sujet sur le Mexique. L’Afrique, c’est terminé ?

Non, j’y retourne même dès lundi pour faire un reportage en Afrique du Sud. Mais c’est la première fois que je remets les pieds sur le continent depuis mon enlèvement.

Propos recueillis par Xavier Monferran

Le documentaire “Le Mexique en guerre contre les cartels” sera bientôt diffusé sur la chaîne Arte.

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J’espere que la presse internationalle va prendre plus en compte ce qui se passe au Mexique.
Le narcotraphique ce n’est que la pointe du iceberg. Au Mexique ou le mode de vie americain est le reve a suivre,ou le niveau culturel est tres pauvre et les gens ont de la desillusion aux politiciens a cause de la corruption; ce n’est pas bizarre que les enfants la bas voient aux narcotraphicants comme des examples a suivre. Donc il y a un probleme social et economique tres important qui va devenir pire si on continue a fermer les yeux.