EXPLICATIONS. Eric de Lavarène est l’auteur du reportage sur les talibans responsables de la mort de dix soldats français en août dernier. Paru début septembre dans Paris Match, l’article continue de faire débat. Membre du jury du prix Bayeux, le journaliste a accepté de s’expliquer sur cette affaire pour le blog CFJ-Prix Bayeux.
“Il n’y a pas de polémique.” Juste avant qu’Eric de Lavarène ne monte sur scène, le ton est donné par Morad Aït-Habbouche, animateur de la soirée de clôture du prix Bayeux. Les grands reporters font bloc derrière lui. Malgré cela, quelques attaques fusent des gradins : “Et le respect des familles alors ?”, crie l’un. ”Mais, Monsieur, vous êtes français quand même !” s’énerve un autre. Silence. La réponse de l’intéressé ne tarde pas : “Un journaliste n’a pas de nationalité. Je ne me sens pas français quand je travaille en Afghanistan.” Ovation du public.
Pourtant, des questions se posent. Car Lavarène n’était pas avec Véronique de Viguerie, l’auteur des clichés tant décriés qui accompagnaient le reportage. Le journaliste n’a pas non plus rencontré le commandant Farouki, dont il publie l’interview.
Eric de Lavarène ne se défile pas. Il reconnaît les faits : “Effectivement je n’ai pas pu accompagner Véronique de Viguerie là où elle a pris les photos. Je n’ai pas non plus rencontré moi-même le commandat Farouki”. Mais il s’en explique : “Une rencontre a été organisée. Les talibans devaient envoyer des gens nous chercher. Mais, quand ils sont arrivés, ils ont refusé que je les accompagne.
“C’était trop dangereux pour eux d’être vus avec un occidental”
Le reporter de Paris Match est d’ailleurs le premier à regretter de ne pas avoir pu aller à la rencontre des talibans. Le premier aussi à avoir compté avec angoisse chaque minute des quatre longues heures qui se sont écoulées entre le départ et le retour de sa collègue photographe.
Il poursuit : “C’était trop dangereux pour eux d’être vus avec un occidental. Une femme se dissimule plus facilement, grâce à la burka, et ils s’en méfient moins. Je devais donc transmettre mes questions à mon fixeur. Je le connais depuis cinq ans, j’ai une entière confiance en lui . De toute manière il m’aurait servi d’intermédiaire auprès de Farouki pour la traduction”.
Sur la nécessité de recourir à ces fixeurs, et de les envoyer parfois à sa place, Lavarène ne se fait pas d’illusions : “Bien sûr, c’est mieux sans fixeur, mais souvent on ne peut pas faire autrement. Quand la BBC s’entretient avec un chef taliban, ce n’est pas la BBC qui fait l’interview. Elle délègue. Contrairement au journaliste occidental, eux ont une famille en Afghanistan que les talibans peuvent retrouver et sur laquelle ils peuvent se venger.”
Baptiste Touverey
Tags: Afghanistan, Eric de Lavarène, Paris Match, Polémique

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